Bio/

Passionné par le dessin et la musique, j'ai découvert dans les installations et les performances artistiques une liberté extraordinaire, fascinante, un espace d'expression indispensable quand les représentations médiatiques classiques ne suffisent pas.

J'ai réalisé mes premiers dispositifs aux Beaux-Arts de Lyon de 1999 à 2002 et j'y ai fait de belles rencontres qui ont donné naissance au collectif Impala Utopia. La conception de l'art qui dominait m'apparut néanmoins hors-sol et désincarnée. En accordant trop d'importance au discours elle asséchait l'énergie que j'avais tant aimé dans les expositions d'art moderne. Pour ma part, j'ai voulu travailler sur ce qui lie et sur ce qui sépare en mettant en œuvre des processus dynamiques qui se nourrisent des éléments du réel (images, sons, capteurs), les découpent pour déconstruire le sens et les discours associés, et proposent un vocabulaire à ré-assembler. Ce qui m'a amené à expérimenter les liens entre disciplines, entre supports, et à questionner la posture d'auteur par rapport au collectif.

De retour à Paris, la double orientation plastique et sonore caractérise mes recherches. Le son en est devenu une des composantes principales car il a naturellement la capacité de créer un environnement enveloppant, de se diffuser dans plusieurs espaces et donc de faire office de liant. Et puis il y a quelque chose de primitif, de puissant, d'organique dans la manière dont on le perçoit. Ces ondes et ces vibrations affectent nos sens et aussi notre representation des frontières de notre corps en nous faisant voyager entre l'infini grand des sons aériens et l'infiniment petit des vibrations des cellules.

À partir de 2004-2005, la découverte du logiciel Pure Data et de son langage de programmation me permet d'utiliser le numérique comme une matière artistique à sculpter, m'ouvrant un espace immense de combinaisons et de relations. J'apprends à créer des programmes interactifs temps-réel pour des installations contextuelles dans l'espace public et des performances audio-visuelles. En étant graphique le programme rend visible un réseau de fonctions qui composent les processus en cours d'exécution. L'œuvre numérique est ici plastique et ouverte, modifiée par des paramètres physiques via des interfaces électroniques. Les phénomènes logiques, électroniques et microscopiques de l'ordinateur interagissent avec les phénomènes chaotiques, tangibles et macroscopiques de l'extérieur. Cette "autonomie" de l'œuvre questionne les notions de créateur et spectacteur.

Ayant appris l'informatique et l'électronique en autodidacte, j'ai repris des études au CNAM à Paris et à l'université Paris VI en informatique de 2005 à 2010 pour être autonome et aller plus loin. Depuis, je conçois des systèmes multimédias et interactifs en cherchant à questionner de façon ludique et critique notre rapport à la technique et à notre environnement. J'ai participé à plusieurs festivals d'art numérique, notamment : Printemps de Bourges, Chroniques#3, Smart City, Made in Friche « Machines », Orléanoïdes, What The FLOK ?, Gamerz, Afropixel, Hack The City, Fête01, MIMI, City Sonic, Bains Numériques, Sonorama, Make Art, Mal au Pixel, Octopus, Arborescences, ...


Parallèlement, je m'intéresse à la politique pour mieux comprendre les bouleversements contemporains et ne plus en être spectateur ; et au mouvement des logiciels libres, cette énergie collective qui nous permet d'utiliser un ordinateur dans un système coopératif non (ou moins) marchand. Comme un juste retour des choses, je documente mes savoirs et mes créations sur différents supports : le Wiki du collectif Reso-nance numérique, sur Framagit, Wikifab, les Flossmanuals, le magazine FaitMain et sur ce site. C'est d'ailleurs en voulant transmettre mes connaissances techniques que je les ai consolidées, c'est pourquoi j'accorde une place particulière à mes activités de transmission. J'anime des formations autour des logiciels et matériels libres en art dans les écoles d'arts, les universités, les collèges, les tiers-lieux (fablabs, médialabs) à Angers, Paris, Marseille, Avignon, Aix-en-Provence, Tunis, Montpellier, Nancy, Bourges, Dakar, Bamako, Coustellet, Poitiers, Saint-Ouen, ... Et depuis 2010, avec le collectif Reso-nance numérique, nous développons des espaces d'échanges de savoirs à Marseille, comme les Open Ateliers, le Fablab LFO.

Petit à petit, ma réflexion se focalise sur la place de la technique dans nos sociétés. Elle n'est pas neutre et tient une place particulière, à la fois dévalorisée dans certains milieux, subalterne au créateur, au penseur, et surestimée dans d'autres, comme solution unique car pragmatique et réaliste. Elle est au cœur de multiples enjeux : géopolitiques, environnementaux, sociaux et poétiques. Le marketing numérique véhicule une illusion de propreté et de plasticité, mais c'est bien la pensée court-termiste et productiviste qui règne encore sur des processus économiques lourds. J'essaie pour ma part de participer à un mouvement de retour à la matière, local, distribué et open source, en mettant en réseau les ateliers : la Société des ateliers.

Mon Art Wiki se livre et se partage en tant que source d'apprentissage, en écho et en support à certains enjeux de société. En documentant les processus de création et d'apprentissage sur le même plan, je questionne l'idée d'un art transparent a contrario des injonctions au "mystère", au "flou" parfois véhiculées par les artistes.

Jérôme Abel Karma

Textes

2001-06-20
2007-10-06
2007-10-06
2012-02-09
2016-10-02

Lieux

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